TaxiGo au Cameroun : l’ombre de l’esclavage plane sur le nouveau modèle de transport aéroportuaire

Au Cameroun, le lancement de la plateforme TaxiGo par Alo Technologies et les ADC suscite une levée de bouclier chez les chauffeurs de taxi. Entre cautions élevées, écarts de prix sur les véhicules et menaces sur l’activité des chauffeurs historiques, la situation est qualifiée d’esclavage moderne par les syndicats.

Le secteur du transport par taxi dans les aéroports du Cameroun est en pleine ébullition. Une nouvelle plateforme, TaxiGo, lancée par la société Alo Technologies avec le soutien des Aéroports Du Cameroun (ADC), fait l’objet d’une vive contestation de la part des chauffeurs de taxi traditionnels. Ces derniers dénoncent un système qu’ils qualifient d’« esclavagisme organisé » ou de « dictat violent », selon les termes rapportés par les acteurs de terrain et des responsables syndicaux.

Un modèle économique jugé léonid et disproportionné

Au cœur de la colère des transporteurs se trouve le montage financier imposé pour intégrer le dispositif TaxiGo. Pour accéder à l’exploitation sur les emprises aéroportuaires, chaque chauffeur doit verser une caution de 800 000 FCFA. Selon 237online, le coût total pour un véhicule s’élève à 1,6 million FCFA de caution pour un binôme de chauffeurs, s’ajoutant au prix de la voiture elle-même.

« esclavage organisé » ou de « dictat violent »

La polémique est d’autant plus vive que les marges de profit semblent extrêmement réduites pour les conducteurs. D’après 237online, sur une course facturée 10 000 FCFA, les deux chauffeurs ne percevraient qu’environ 2 500 FCFA chacun, après déduction des frais bancaires, de l’entretien, de la commission d’Alo Technologies et de la part reversée aux ADC. De plus, une divergence notable est relevée sur le prix des véhicules : alors qu’Alo Technologies proposerait des berlines chinoises à 23,5 millions FCFA, le Ministre des Transports, Jean Ernest Ngalle Bibehe, soutient via une lettre de Shanda Tonme que ces mêmes véhicules ne coûteraient en réalité que 9 millions de FCFA.

L’inquiétude des chauffeurs historiques face au monopole

Pour les chauffeurs installés depuis des décennies, ce projet représente une menace directe sur leur gagne-pain. Samuel Moyo, chauffeur à l’aéroport de Yaoundé depuis 1982, exprime l’inquiétude de ceux qui respectent déjà les normes strictes (licence L5, macarons, entretien) et craignent d’être évincés au profit de ce nouveau partenariat. Les syndicats, dont le Synctrapuircam, soupçonnent une manœuvre des ADC pour écarter les transporteurs traditionnels au profit d’un modèle plus lucratif pour l’autorité aéroportuaire.

La tension est telle que des appels au ministère des Transports ont été lancés. Selon Actu Cameroun, le Médiateur Universel, Shanda Tonme, a adressé un courrier au ministre Jean Ernest Ngalle Bibehe pour dénoncer une introduction « brutale » et sans concertation de cette compagnie, qualifiant le processus de « cruel et démentiel » pour les pères de famille qui y travaillent.

Risques de répercussions sur les usagers

Au-delà du conflit social, les conséquences économiques pourraient impacter directement les voyageurs. Les syndicats alertent sur une possible inflation des tarifs de transport. On estime ainsi que les prix des courses pourraient grimper jusqu’à 20 000 FCFA durant la nuit, alourdissant ainsi la facture pour les passagers des terminaux aéroportuaires.

Sources

Crédit image : 237online

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