Cameroun : un défi majeur pour un parc automobile vieillissant

Cameroun : un pays qui roule sur des « tas de ferraille » au lieu de saisir l’opportunité des voitures chinoises

Le défi d’un parc automobile vieillissant

Le Cameroun fait face à un paradoxe économique et sécuritaire : alors que le pays tente de se positionner sur le marché des véhicules neufs grâce aux importations chinoises, son parc automobile national reste parmi les plus vieillissants d’Afrique. Selon la douane, l’âge moyen des véhicules en circulation atteint 18 ans, une donnée alarmante qui contraste avec les ambitions de développement. Sur environ 3 millions de véhicules d’occasion recensés en 2023, plus de 92 % avaient dépassé les 15 ans d’âge, créant une situation où la vétusté devient une charge pour l’État et les usagers.

Cette situation est mise en lumière par une étude du ministère des Transports portant sur la période 2011-2017, qui établit un lien direct entre l’état des véhicules et la sécurité routière. L’état des automobiles est responsable de 17 % des accidents recensés durant cette période, surpassant l’excès de vitesse (35 %) mais restant devant la conduite en état d’ébriété. En 2026, la vétusté du parc continue de générer des conséquences graves : plus de 7 200 décès ont été dénoncés pour environ 21 000 accidents, soulignant l’urgence de repenser la gestion du parc automobile.

En 2026, la vétusté du parc continue de générer des conséquences graves : plus de 7 200 décès ont été dénoncés pour environ 21 000 accidents, soulignant l’urgence de repenser la gestion du parc automobile.

Impact sécuritaire et environnemental

Les conséquences de ce parc vieillissant s’étendent bien au-delà de la sécurité routière. Une étude régionale présentée à Yaoundé en 2024, dans le cadre d’un atelier de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe et les pays de la CEAC, a mis en évidence des émissions moyennes de 170 g de CO₂ par kilomètre pour les voitures particulières et 215,7 g pour les camionnettes, des valeurs nettement supérieures à celles des véhicules récents. Cette pollution contribue significativement à la qualité de l’air dans les grandes agglomérations comme Douala et Yaoundé, où les particules fines liées à la combustion des moteurs anciens constituent une menace pour la santé publique et le climat.

Les coûts économiques de cette situation sont également considérables. Le gouvernement collecte environ 119 milliards de FCFA en recettes sur les véhicules d’occasion, mais les accidents de la route entraînent une perte estimée à 200 milliards de FCFA par an, soit près de 2,2 % du PIB. Par ailleurs, les surcoûts d’entretien et de carburant inhérents aux véhicules anciens creusent le budget des ménages et des transporteurs, aggravant la précarité dans un contexte où les prix des carburants continuent de grimper.

Coûts économiques et perte de recettes

La fiscalité actuelle du Cameroun tente de canaliser la demande vers des véhicules plus récents. Depuis 2019, une exonération totale des droits de douane est appliquée aux véhicules de moins de 10 ans dans le cadre des APE. Depuis 2025, une réduction de 50 % de la valeur imposable est accordée aux véhicules électriques neufs. La loi de finances 2026 durcit davantage la fiscalité sur les véhicules les plus âgés, avec un taux de 12,5 % pour les véhicules de 12 à 20 ans et de 25 % au-delà de 20 ans, afin de réorienter la demande vers des modèles plus récents.

Malgré ces mesures, leur application reste jugée opaque et discriminatoire. L’objectif est clair : réduire l’âge moyen du parc, limiter les risques d’accidents liés à la vétusté mécanique, abaisser les émissions polluantes et alléger la facture d’entretien et de carburant. Cependant, sans réformes structurelles complémentaires, les efforts actuels peinent à transformer la réalité du marché.

Opportunités offertes par la Chine

Face à cette situation, la Chine présente une opportunité concrète pour le Cameroun. Des marques telles que Haval, Changan, Chery, Jetour ou les poids lourds Sinotruk proposent des véhicules neufs à des prix accessibles, parfois annoncés à partir de 14 millions de FCFA, comparables à ceux des véhicules d’occasion importés d’Europe, d’Amérique ou du Japon. Cette offre permet aux ménages et aux professionnels du transport d’acquérir des automobiles sorties d’usine sous garantie, répondant ainsi à un besoin réel de renouvellement du parc.

L’article souligne que l’offre chinoise cible précisément le problème identifié : rendre accessible des véhicules neufs à un coût concurrentiel, tout en contribuant à la transition écologique grâce à l’augmentation progressive de la part des modèles électriques et hybrides sur le marché local.

Recommandations et perspectives

Pour concrétiser les gains promis, plusieurs recommandations émergent. D’abord, l’instauration d’un âge limite pour les véhicules d’occasion importés pourrait éviter l’importation massive de machines obsolètes. Ensuite, le renforcement des campagnes de sensibilisation sur les bénéfices des véhicules propres serait essentiel pour améliorer la qualité de l’air et la santé publique. Enfin, une application plus transparente et équitable des mesures fiscales existantes permettrait de créer un véritable incitatif pour les consommateurs à choisir des véhicules plus récents et plus écologiques.

Dans un contexte où le Cameroun cherche à diversifier son économie et à renforcer son attractivité industrielle, la réforme du secteur automobile représente un levier stratégique. En combinant politiques fiscales adaptées, régulations sur l’âge des véhicules et promotion des importations de véhicules neufs chinois, le pays pourrait transformer une contrainte en opportunité de croissance durable.

Sources

Crédit image : financialafrik

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