Longtemps perçue à travers le prisme de l’instabilité politique et sécuritaire, la Somalie commence à attirer l’attention d’investisseurs spécialisés qui y voient un vivier d’opportunités sous-exploitées. C’est le pari de Shuraako Capital, une société de financement dédiée aux entreprises somaliennes, dont le directeur exécutif Jon Bellish a détaillé la réalité du terrain lors d’un entretien accordé à How we made it in Africa et repris par HCNTimes.
Un environnement opérationnel contraignant mais actif
Contrairement aux idées reçues, l’activité commerciale ne s’est pas arrêtée à Mogadiscio ni dans les grandes villes régionales. D’après Jon Bellish, des secteurs aussi variés que les énergies renouvelables, l’embouteillage d’eau, la construction d’immeubles résidentiels et la production avicole génèrent déjà des flux de revenus réguliers. « Pour beaucoup, la Somalie rime avec guerre et insécurité, pourtant l’activité commerciale locale se poursuit dans une variété de secteurs », souligne-t-il dans l’interview.
La contrainte majeure reste la mobilité. Selon le dirigeant de Shuraako Capital, réaliser deux visites de sites par jour à Mogadiscio relève déjà de l’exploit, compte tenu des contrôles de sécurité, de la circulation et de la nécessité de planifier chaque déplacement. Cette lenteur opérationnelle impacte directement le rythme d’instruction des dossiers de financement et le suivi post-investissement.
Un modèle de financement adapté aux PME somaliennes
Shuraako Capital se positionne comme un fournisseur de capitaux pour les petites et moyennes entreprises qui peinent à accéder au crédit bancaire classique. L’entretien révèle que la structure a déjà accompagné des projets concrets : unités de production d’énergie solaire, usines d’eau minérale, programmes de construction d’appartements et fermes avicoles. Ces investissements ciblent des besoins de base — électricité, eau, logement, protéines — dont la demande structurelle est forte dans un pays en reconstruction.
Le parcours de Jon Bellish lui-même illustre l’approche pragmatico-opportuniste du fonds : après une carrière dans la finance internationale, il a choisi de s’implanter localement pour combler le vide de financement de long terme. « Bellish a commencé à investir dans les entreprises somaliennes » après avoir identifié un décalage entre la perception externe du risque et la réalité des flux de trésorerie générés par certaines PME bien gérées.
Des opportunités sectorielles concrètes au-delà du discours
Les exemples cités par Shuraako Capital dessinent une carte d’opportunités tangibles. Le renouvelable répond aux coupures chroniques d’électricité ; l’eau conditionnée pallie l’insuffisance des réseaux publics ; la construction résidentielle accompagne l’urbanisation rapide de Mogadiscio et d’Hargeisa ; l’aviculture vise à réduire les importations de protéines. Pour les investisseurs régionaux et internationaux, ces segments offrent une visibilité sur la demande locale, souvent absente des analyses macroéconomiques standard.
La question de la sécurité des déplacements, abordée en ouverture de l’entretien (« Can I safely travel to Mogadishu? »), reste centrale. Bellish y répond sans nier les risques, mais en insistant sur la gestion opérationnelle : protocoles de déplacement, partenaires locaux de confiance, et connaissance fine des quartiers. Cette approche terrain différencie Shuraako des fonds purement distants.
Un signal pour l’écosystème d’investissement panafricain
L’expérience de Shuraako Capital suggère que le financement des PME en zones fragiles est possible à condition d’accepter des coûts de transaction plus élevés, des délais plus longs et une présence physique soutenue. Pour les institutionnels — banques de développement, fonds d’impact, family offices — le cas somalien pourrait servir de laboratoire pour des véhicules de capital patient adaptés aux économies post-conflit du continent.
Sources
Crédit image : howwemadeitinafrica







