Le Cameroun se trouve à un carrefour critique. Après deux décennies d’une stratégie d’investissement massif — le « Big Push » — censée propulser le pays vers l’émergence, Yaoundé est contraint de revenir vers le Fonds monétaire international pour boucler son budget. Cette volte-face brutale, actée par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, révèle l’échec d’un modèle où l’endettement d’infrastructures n’a pas généré la croissance espérée, pendant que l’économie de rente continue de capter les ressources au profit d’un cercle restreint.
Un « Big Push » qui a fait long feu
Lancée dans les années 2010, la théorie du « Big Push » reposait sur une hypothèse simple : un choc d’investissements publics dans les infrastructures (autoroutes, barrages, ports, aéroports) devait créer un effet d’entraînement suffisant pour rembourser la dette contractée. Le Plan d’Urgence Triennal pour l’Accélération de la Croissance (PLANUT) est devenu le véhicule de cette ambition. Mais le pari a échoué. « Cette dette croissante soulève des questions sur l’efficacité et la rentabilité sociale des investissements », note un rapport économique cité par Camer.be. Les infrastructures de base restent défaillantes, avec des pénuries d’eau et d’électricité persistantes.
Une dette multipliée par dix-sept en vingt ans
Les chiffres donnent le vertige. De 900 milliards de FCFA en 2007, la dette publique a atteint 15 607 milliards en 2026, soit une multiplication par dix-sept. À fin mars 2026, l’encours s’élevait à 15 416 milliards (44,3 % du PIB), le FMI retenant un ratio de 39,3 % pour l’année. Le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029 l’admet sans détour : le bouclage financier des prochains exercices « repose sur des appuis budgétaires attendus de la conclusion d’un nouveau Programme économique et financier avec le FMI ». L’absence d’accord est qualifiée de « risque majeur » pour la soutenabilité des finances publiques.
Le barrage de Bini à Warak, symbole d’une planification défaillante
Aucun projet n’incarne mieux cet échec que le barrage de Bini à Warak. Confié en 2013 à l’entreprise chinoise Sinohydro, le chantier a été paralysé par des difficultés de financement, avant d’être suspendu en 2019. Repris par la britannique Savannah Energy, le projet a été reconfiguré (hydroélectricité + solaire, 95 MW au lieu de 75 MW), mais son coût a doublé pour atteindre 393 milliards de FCFA, avec une mise en service repoussée à 2029. Dix ans après le recensement des populations affectées, l’indemnisation — près d’un milliard de FCFA pour 736 personnes — n’a été versée que récemment. « L’inscription du barrage dans le plan d’urgence triennal 2015-2018 en est une illustration », notaient déjà les observateurs.
Le piège de la non-concessionnalité
La situation s’aggrave par la structure de la nouvelle dette. Depuis l’expiration du précédent programme FMI en juillet 2025, les négociations pour un nouveau cadre 2026-2029 piétinent. Conséquence immédiate : « 87 % des nouveaux prêts signés en juin 2026 sont non concessionnels, contrairement à la stratégie officielle qui privilégie le financement concessionnel », révèle Camer.be. Le service de la dette absorbe une part croissante des recettes publiques, étranglant les marges de manœuvre budgétaires.
L’économie de rente comme frein structurel
Cette crise de la dette s’inscrit dans un contexte plus profond. Dans une tribune publiée le 16 août 2026, Louis Marie Kakdeu, deuxième vice-président national du SDF, diagnostique un « système où une poignée de gestionnaires capte les flux financiers publics à son seul profit ». Selon lui, le problème n’est pas un déficit de compétences — le Cameroun forme des milliers d’ingénieurs et d’économistes chaque année — mais une « capture de l’État » où les institutions (administrations fiscales, régies financières, justice, marchés publics) sont instrumentalisées par un « premier cercle restreint ».
Des flux concentrés, faciles à capter
L’économie de rente repose, d
Sources
Crédit image : 237online.com






