Le Sénégal lance un dispositif national de cybersécurité pour renforcer la souveraineté numérique

Le Sénégal lance un dispositif national de cybersécurité pour renforcer la souveraineté numérique.

Le Sénégal lance un dispositif national de cybersécurité

Le 13 août 2026, le gouvernement sénégalais a présenté un projet de loi visant à créer une Autorité nationale de cybersécurité, marquant un tournant majeur dans la stratégie de protection du cyberespace national. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la cybercriminalité connaît une amplification sans précédent en Afrique, avec des pertes estimées à au moins 5 milliards de dollars en 2025 selon INTERPOL. L’objectif est de passer d’une approche purement technique à une vision stratégique où la cybersécurité devient une question de souveraineté et de continuité de l’État.

Le texte de loi, présenté devant l’Assemblée nationale, prévoit la mise en place d’un CERT national, d’équipes d’intervention informatique d’urgence et de Services des Opérations de Cybersécurité (SOC). Ces structures visent à renforcer la capacité à surveiller, détecter et répondre aux incidents à différents niveaux, répondant ainsi aux défis posés par la transformation numérique accélérée du pays. Selon le rapport annuel de la Police nationale sénégalaise, le nombre d’infractions liées à la cybercriminalité a augmenté de 3 794 en 2025 par rapport à 3 902 en 2024, soulignant l’ampleur réelle de ce fléau.

Cette structuration vise à transformer la cybersécurité en une question de sécurité nationale, comme le souligne le ministère des Télécommunications et du Numérique.

Une loi pour protéger les infrastructures critiques

Au-delà de la création d’une autorité centrale, le projet de loi vise à identifier et recenser les infrastructures d’information critiques (IIC) qui constituent le squelette du fonctionnement quotidien du pays. Ces dernières, englobant les télécommunications, l’énergie, l’eau, les banques et la santé, nécessitent une supervision renforcée afin d’éviter des paralysies majeures lors de cyberattaques. La Direction générale du Chiffre et de la Sécurité des Systèmes d’Information (DCSSI), acteur central du dispositif, jouera un rôle clé dans la mise en œuvre de ce cadre juridique global et gradué, avec des exigences adaptées au niveau de risque de chaque système.

Le texte prévoit également la mise en place d’exigences obligatoires telles que les analyses de risques, les sauvegardes, le chiffrement des données sensibles et les plans de continuité d’activité. Cette évolution marque un passage d’une cybersécurité basée sur des recommandations à une approche fondée sur des responsabilités et des obligations clairement définies, permettant une meilleure coordination entre les acteurs publics et privés.

Dispositif opérationnel : CERT, SOC et responsabilité partagée

Le dispositif prévu comprend trois piliers fondamentaux : l’Autorité nationale de cybersécurité, le CERT national et les Services des Opérations de Cybersécurité (SOC). Ce dernier, contrairement à une idée reçue, ne se limite pas à une simple stratégie, mais constitue une chaîne opérationnelle complète incluant la prévention, la détection, la qualification, l’alerte, la coordination, la réponse et la restauration des incidents. Les CERT sectoriels compléteront cette architecture en ciblant des domaines spécifiques tels que les télécoms ou les systèmes de paiement.

Cette structuration vise à transformer la cybersécurité en une question de sécurité nationale, comme le souligne le ministère des Télécommunications et du Numérique. L’objectif est de créer un écosystème où la protection des données personnelles, la continuité des services essentiels et la confiance dans les usages numériques sont garantis, contribuant ainsi à l’émergence d’un marché local de la cybersécurité et au soutien des entreprises et startups sénégalaises.

Enjeux économiques et souveraineté numérique

Au-delà des dimensions techniques, ce projet de loi porte également sur l’économie numérique et la souveraineté des données. Le Sénégal entend renforcer l’hébergement local des données du secteur public et encadrer l’externalisation des services numériques, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers. En soutenant les prestataires agréés et créant des emplois qualifiés, l’État cherche à développer un écosystème technologique autonome capable de répondre aux besoins croissants du pays face à la montée des fraudes et des menaces numériques.

Dans un contexte où la cybercriminalité coûte des milliards aux économies africaines, cette initiative positionne le Sénégal comme un acteur engagé dans la lutte contre les pertes financières liées aux cyberattaques. La création d’une autorité nationale de cybersécurité, associée à des mesures de responsabilité et d’obligation, représente un investissement stratégique pour garantir la stabilité économique et sociale du pays.

Sources

Crédit image : Agence Ecofin

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